Message de Pâques 2004

Sa vie a été bonne; il a travaillé comme nous, a fabriqué des choses, a fait des achats et des ventes, a échangé des marchandises, s’est lié d’amitié avec des gens. Ensuite, il a entrepris de partager son expérience de Dieu. Il s’est voué à cette tâche car le jour était venu où le règne de Dieu devait s’étendre au monde entier. Il s’est fait rassembleur, plusieurs choisirent de le suivre mais d’autres furent ses ennemis. Un de ses plus proches alliés l’a trahi, un autre l’a renié; ses amis, ceux qu’il avait lui-même choisis, l’abandonnèrent. Lors d’un procès, il fut condamné comme un criminel. On lui infligea des blessures. Son rêve s’évaporait devant lui, son espoir disparaissait : ‘Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?’ Dieu lui-même, oui, même Dieu. Il est mort.

Jésus accepta tout cela car il savait que c’était ce que Dieu attendait de lui, une vie conforme à la volonté du Père. Jésus n’a pas vécu sa vie humaine à la manière d’Adam mais a connu un tel sort à cause de sa grande obéissance à la volonté de Dieu. Pleinement humain, il meurt. Sa résurrection, expression de sa divinité, est pour toujours. Jamais plus il ne mourra.

Chacun et chacune de nous connaîtra une vie et une mort avec son lot de douleur et de souffrance. Dieu sait jusqu’à quelles abîmes nous pouvons sombrer, combien inutile nous nous croyons parfois et comment nos vies peuvent nous sembler sans but, voire vaines par moments. À ces sentiments peuvent s’ajouter la douleur et la souffrance d’une maladie, d’une blessure ou celles qui accompagnent parfois la vieillesse. Ajoutez à tout cela des attitudes rancunières qui persistent ainsi que des amitiés détruites et vous découvrirez un échantillon de ce qu’est notre vie à un moment ou l’autre de notre existence. Qu’est-ce qui peut bien donner un sens à ces masses embrouillées que sont nos vies ? Si nous vivons nos vies en lui, alors sa vie devient la nôtre. Il a porté tout le fardeau de nos souffrances ainsi que l’agonie de notre propre mort. Sa résurrection d’entre les morts est gage de notre propre résurrection. La douleur, la souffrance et la misère n’ont rien de définitif mais conduisent à la gloire.

Une vie vécue selon la volonté de Dieu est exigeante que ce soit dans le mariage, dans notre rôle de parents, dans nos relations familiales et humaines ainsi que dans notre vie professionnelle. Parfois la joie qui devrait nous habiter est ombragée par la douleur. Mais nous savons que la puissance de la résurrection, déjà à l’œuvre en nous, nous permet de contrer les défis de notre vie quotidienne. Saint Paul nous rappelle que : ?Partout et toujours nous subissons dans notre corps la mort de Jésus afin que la vie de Jésus, elle aussi, soit manifestée dans notre corps. En effet, nous, les vivants, nous sommes continuellement livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus, elle aussi, soit manifestée dans notre existence mortelle’ (2 Co 4, 10-11). Pâques : jour où la vie triomphe de la mort, où la joie l’emporte sur la souffrance, l’amour sur la haine et où la paix règne partout.

Joyeuses Pâques à vous tous !


+ Marcel Gervais
L’archevêque d’Ottawa,