Cinquième dimanche du temps ordinaire 2005
Homélie de Mgr Gervais

Le Seigneur nous invite à être le sel de la terre. Le sel est merveilleux. Que ferions-nous sans sel?

Depuis toujours, pour les gens d'ici, le sel est un élément important mais très commun. Dans d'autres coins du monde où l'on ne trouve pas de sel, les gens peuvent marcher des journées pour s'en procurer.

On ajoute du sel pour donner à la nourriture une saveur qui ne serait pas présente sans le sel.

Nous les chrétiens, nous devons donner au monde une bonne saveur. C'est à nous d'ajouter un élément qui rend la vie savoureuse pour tout le monde. Par exemple, on peut dire que la foi des chrétiens donne au monde la force de surmonter le découragement devant les multiples difficultés que la vie nous impose. La mort et la résurrection de Jésus est le fondement de cette croyance. Sans espérance, il n'y a que le vide, le désespoir. Mais c'est surtout l'amour de Dieu qui nous donne la force pour transformer la vie en une chose magnifique.

On peut aussi se servir de sel pour préserver la nourriture - anciennement nous mangions du lard salé; aussi on aime peut-être la choucroute. Le sel améliore et préserve ce qui est déjà bon.

Par ces expressions, le Seigneur nous dit que le monde n'est pas complètement mauvais, mais il faut lui donner une bonne saveur. Le monde est bon, mais laissé à lui-même il se gâte. Il faut le préserver avec notre foi chrétienne.

Je fais une application qui est d'actualité: le mariage. Le mariage est bon, qu'il soit un mariage entre des croyants ou des incroyants, des chrétiens ou des Hindous. Mais le sel que doivent apporter les chrétiens est la saveur d'une fidélité jusqu'à la mort entre un homme et une femme. Les chrétiens en se mariant se voient comme étant unis et appuyés par l'amour de Dieu, pour la vie, en dépit de misère, de souffrance et de maladie.

Tout mariage est bon, non seulement les mariages chrétiens. Nous encourageons tous à la fidélité , à l'amour entre époux et au dévouement envers les enfants.

Nous savons tous qu'aujourd'hui le mariage se fait cabosser de partout. Et il faut aussi témoigner de l'importance que le mariage est entre un homme et une femme. C'est quelque chose de très beau qui est menacé. On veut enlever son sens d'une union des deux sexes. On veut voler le sens du mot et l'étendre à d'autres relations inter-dependantes. Nous prions pour que le sens du mot "mariage" signifie toujours le lien entre un homme et une femme.

Dans le cas actuel, ce n'est pas nous qui sommes les agresseurs. Nous voulons tout simplement préserver ce que nous avons toujours considéré comme acquis: le mariage est entre un homme et une femme. Nous voyons le débat actuel comme étant un acte d'agression contre nous. On veut nous enlever le nom "mariage" et l'étendre à la relation d'amour entre deux personnes. On veut changer le sens du mot, et en changeant le sens du mot, on change aussi la réalité de ce mot.

Dans notre monde d'aujourd'hui, le mariage a tellement besoin de témoins, des personnes mariées qui sont heureux de l'être. Des hommes et des femmes qui acceptent de vivre dans un amour inspiré par la mort du Christ, un amour qui se donne à l'autre, qui se donne aussi aux enfants. Il nous faut des époux qui savent que amour et pardon vont ensemble.

Le Seigneur nous invite à être pour le monde une lumière qui éclaire sans rien imposer. La lumière révèle ce qui est devant nous, ce qui est bon, beau et noble. Ce n'est pas comme une lumière que produit une lampe de poche, tenue par le policier, directement dans notre figure, qui nous oblige à fermer nos yeux et à détourner notre regard. Non, c'est une lumière qui éclaire tout. La lumière éclaire et nous fait voir ce qui est bon et ce qui est beau mais elle révèle aussi les choses qui manquent, ce qui n'est pas beau. À la lumière du jour, on peut voir les rides, les crevasses qui gâchent l'apparence d'une belle figure.

Je ne veux pas vous laisser avec des sentiments très négatifs envers notre beau pays.

Quand on fait briller notre lumière sur notre pays, qu'est ce qu'on voit? Beaucoup de belles choses, sans doute. Nous avons un pays extraordinaire, grâce à toutes les bonnes personnes qui sont des bons citoyens. Nous avons vu la générosité des canadiens, tout récemment, dans les levées de fonds pour les victimes du tsunami. Tous les canadiens et canadiennes, de toutes les religions, et même de personnes qui disent n'appartenir à aucune religion, se sont efforcés afin de venir en aide aux victimes. C'était très beau! En effet un peu partout sur terre, cette générosité s'est manifestée. Bravo!

Et des choses moins belles! Je ne commencerai pas à énumérer une liste de défauts. Depuis quelque temps, j'ai fais connaître la position de l'Église sur le mariage des gais.

J'ai reçu plusieurs lettres, plusieurs courriels. La plupart sont favorables. Mais j'en reçois de personnes qui m'accusent d'encourager la haine contre les homosexuels. Je n'ai jamais voulu faire ça. Si je l'ai fait, je m'en excuse. Comme évêque, je dois proclamer ce que l'Église proclame. Les activités homosexuelles sont toujours défendues.

Mais voici ce que l'Église nous enseigne à propos des personnes homosexuelles:

"Un nombre non négligeable d'hommes et de femmes présentent des tendances homosexuelles foncières. Cette propension, objectivement désordonnée, constitue pour la plupart d'entre eux une épreuve. Ils ne choisissent pas leur condition homosexuelle. Ils doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste. Ces personnes sont appelées à réaliser la volonté de Dieu dans leur vie, et si elles sont chrétiennes, à unir au sacrifice de la Croix du Seigneur les difficultés qu'elles peuvent rencontrer du fait de leur condition. (Catéchisme de l'Église Catholique no. 2358).

Voici, nous sommes appelés à être sel de la terre et lumière du monde. C'est un grand défi que nous lance le Seigneur. Faisons tout notre possible afin de l'accepter et d'en vivre.