Traduction de l’article soumis par Monseigneur Gervais à la demande du ‘Ottawa Sun’ à la veille de la décision de la Cour suprême du Canada (mariage de partenaires de même sexe) et publié le jeudi 9 décembre

Tout indique qu’on annoncera sous peu une décision de la Cour suprême au sujet du mariage de partenaires de même sexe. Au moment où les juges rencontraient les avocats du gouvernement, ils ont demandé pourquoi cette question était portée à l’attention de la Cour suprême alors qu’elle devait faire l’objet d’un débat au Parlement. Pour ma part, je souhaite vivement que la majorité des juges adopte ce point de vue. Ce qui ramènerait le débat en droite ligne au niveau de notre population; c’est elle qui devrait prendre parti.

Dans son projet de loi, le gouvernement a fait référence aux principes d’équité, d’autonomie et de liberté de choix. Il a proposé d’abolir les distinctions entre couples hétérosexuels et partenaires de même sexe, en vue de permettre à ces derniers d’avoir accès à un statut marital officialisé par la loi.

Nous ne croyons pas que la dignité humaine est en cause quand il s’agit d’accéder à un statut spécifique, comme dans le cas présent. Les partenaires de même sexe ne peuvent prétendre que leur dignité exige absolument l’accès à un statut spécifique, le mariage dans le cas présent. Il ne faut pas confondre une différence de statut et une question d’égalité. Par exemple, les personnes non autochtones ne peuvent prétendre subir une discrimination pour la simple raison qu’elles ne peuvent pas obtenir le statut d’autochtones.

L’État ne doit pas confondre l’égalité avec l’uniformité en proposant tout simplement qu’on remplace l’une par l’autre. Éliminer la discrimination ne conduit pas à uniformiser; une telle démarche exige de respecter la diversité et les différences. La société devrait reconnaître la valeur de la diversité. Refuser d’établir les distinctions nécessaires mène à la confusion et contribue à dévaluer la diversité. On ne fait pas preuve de discrimination quand on aborde des réalités différentes de manière différente.

L’union de partenaires de même sexe et le mariage constituent deux réalités différentes. Fait-on erreur quand on accepte ces différences ? Pourquoi faudrait-il essayer d’éliminer cette diversité naturelle?

Certains partenaires de même sexe ont prétendu qu’il est discriminatoire de leur refuser l’accès au mariage; en fait, c’est le contraire qui est vrai. Si on modifie la définition du mariage pour inclure les partenaires de même sexe, on va introduire une discrimination à l’encontre du mariage traditionnel; on va priver celui-ci de sa reconnaissance sociale et juridique en tant que fondement tout à fait unique et irremplaçable de la société.

Même si une relation homosexuelle peut être considérée comme spéciale, elle ne comporte pas les mêmes objectifs que le mariage. On pourrait trouver d’autres manières d’appuyer et de reconnaître des unions stables de nature homosexuelle ou non sexuelle. Dans certains pays européens, on a légiféré à propos d’ « unions civiles » ou de « cohabitation »., sans toutefois les qualifier de mariages.

Nous devons nous rappeler que les personnes avec une orientation homosexuelle sont des êtres humains. Il faut leur reconnaître tous les droits et tout le respect dont bénéficie toute personne humaine. Si ces gens vivent en couple avec une autre personne, il faut que cette relation bénéficie des droits et privilèges accordés à toute relation stable. Par contre, cette relation ne doit pas porter légalement le nom de mariage.

Je souhaite que la Cour suprême ne se prononce pas sur le fond de cette question. Ce sera alors le devoir de notre gouvernement de consulter la population. En temps et lieux, nos législateurs exerceront leur responsabilité à l’occasion d’un vote libre.