Homélie de Mgr Gervais : 32e dimanche du temps ordinaire (12 novembre)
Cathédrale Notre-Dame d'Ottawa


Aujourd'hui, nous voyons la confrontation de deux mondes bien différents. D'un côté, nous voyons les scribes et les riches; personnages hautains, qui recherchent les honneurs et qui donnent de grosses sommes à la vue de tous. Le Seigneur est dure envers eux; il les traite d'hypocrites et de vaniteux. La valeur de leur don est réduite par leur attitude et leur grande richesse. Leur spectacle est vu comme étant signe de leur vanité et de leur égoïsme. Les regards doivent être tournés vers eux afin quils puissent sentir la pleine valeur de leur geste de générosité.

À retrait deux, cette pauvre veuve qui, timidement et discrètement, donne ces deux piécettes avec un cœur rempli de générosité et d'humilité. Son humilité parle plus hautement de l'authenticité de son geste de partage que tous les artifices qui entourent celui des scribes et des riches. Dieu voit le fond du cœr des gens, il apprécie la vraie générosité, le vrai don de soi. Cette dame a tout donné.

Souvent nos avoirs, nos biens, sont des barrières qui nous empêchent de voir les autres et de voir Dieu. Parfois, les besoins matériels, physiques et affectifs des autres viennent perturber notre vie. Souvent, nous portons des jugements sur l'autre qui est pauvre et sur sa situation de vie, sans connaître le fond de l'histoire et le vécu de chacun et chacune. Ceci met parfois un frein à la générosité qui devrait nous animer.

Jésus ne condamne pas arbitrairement et catégoriquement la richesse elle-même mais ce que celle-ci peut engendrer chez nous. Il nous met en garde au sujet de ce que nous faisons de notre richesse et de nos biens. Si nos biens et nos comptes de banque nous tournent vers nous-mêmes et non vers les autres, il y a là matière à réflexion. Si ceux-ci servent à nous élever au-dessus des autres, à nous cloisonner dans notre univers jusquà en oublier les besoins de nos frères et cœrs, nous navons pas apprécié ni intégré complètement le message du Christ. Ouvrons-nous toujours davantage, individuellement et collectivement, aux réalités du monde qui nous entoure, soyons sensibles aux besoins de nos frères et cœrs, formons communauté plutôt que des petits groupes disparates et, ainsi, nous répondrons encore mieux à la mission que est la nôtre en Jésus.

Il faut se rappeler que notre paroisse et notre diocèse ont des besoins aussi. Il nous revient de partager nos trésors avec ces organisations. Tout coûte cher! Vos contributions sont nécessaires. Je sais très bien que vous les faites déjà, mais je vous encourage à revoir vos contributions et à réfléchir sur votre générosité envers votre église.

Le Seigneur nous invite à un partage à la manière de cette veuve; un partage qui nest pas issu de notre seul superflu mais qui vient nous rejoindre plus profondément. Notre don peut être monétaire mais il peut très souvent être don de soi et don de son temps et de ses talents. À titre d'exemple, combien nombreux sont ceux et celles qui donnent des heures de bénévolat auprès de leurs frères et cœurs qui sont dans le besoin, auprès des malades et des gens seuls, auprès des pauvres de la rue et des moins fortunés de nos communautés chrétiennes. Je rencontre des bénévoles un peu partout : aux Bergers de l'Espoir, à la Société Saint-Vincent-de-Paul, au Centre catholique pour immigrants, dans les diverses cœres de nos communautés religieuses, dans les différents hôpitaux, dans les résidences pour personnes âgées et dans la rue et, ce, non loin d'ici.

En Église, nous ne devons pas parler de bénévolat mais bien de ministère; ministère qui résulte de notre baptême. Ce ministère doit prendre la forme du service rendu à votre paroisse Notre-Dame, qui a toujours besoin de plus de personnes qui acceptent de donner de leur temps et de leurs talents pour leurs frères et cœurs et pour l'édification de la communauté chrétienne que vous êtes appelés à être. Ce service peut prendre bien des formes différentes selon la disponibilité et les talents et charismes de chacun et chacune mais, un fait demeure, nous sommes tous co-responsables de notre paroisse. Offrons ce que nous pouvons de notre temps, de nos talents et de notre trésor. Le Seigneur voit ce que ces gens font, très souvent dans l'anonymat et il le leur revaudra.

Les lectures de notre célébration d'aujourd'hui nous présentent une autre veuve, la veuve de Serepta. On nous raconte comment elle sest mise au service du prophète Élie et comment, invitée à partager son pain avec lui, elle a dû faire aveu de sa grande pauvreté. À linvitation qu'Élie lui fait de ne pas avoir peur, elle fait confiance et elle fait preuve dune très grande foi et le Seigneur la récompensée en lui offrant ce dont elle, son fils et Élie avaient besoin. Je pense que cest une foi du même genre qui a conduit la veuve de lévangile au temple, qui lui a permis de faire un don aussi généreux en plaçant toute sa confiance et toute sa vie entre les mains du Seigneur. Nayons pas peur de nous tourner généreusement vers ceux qui sont dans le besoin, assurés que le Seigneur marche avec nous et qu'Il compte sur nous afin que nous soyons ses mains et ses pieds dans le monde d'aujourdhui.

Les veuves qui nous sont présentées aujourd'hui nous invitent à une grande générosité qui enrichit non seulement les autres mais qui nous enrichit nous-mêmes aux yeux du Seigneur. Réjouissons-nous des dons que nous avons à partager avec le Seigneur et avec notre prochain : nos trésors, nos talents et notre temps. Pendant cette eucharistie, nous offrons au Seigneur tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes.