Message de Noël 2006

Je vous salue tous en cette sainte période de grâce. Permettez-moi de partager une fois encore mes pensées sur le mystère de l’Incarnation que nous célébrons. Je ne me lasse jamais d’en parler, de réfléchir, de contempler le mystère qui nous est présenté, et de le proclamer « à temps et à contretemps ».

Et que dire de ce mystère de l’Incarnation? Dieu s’est fait chair dans la personne de Jésus. Dieu « n’a pas méprisé le sein de la Vierge », mais il a pris sur lui notre nature humaine. Pourquoi? Afin d’exprimer son amour inconditionnel pour vous, pour toi, pour moi. À chaque messe, au moment où le prêtre verse une goutte d’eau dans la coupe de vin, il dit : « Puissions-nous être unis à la divinité du Celui qui a pris notre humanité ».

Voilà ce qu’est la constante divinisation des hommes et des femmes. Voilà comment Dieu devient vulnérable en chaque naissance, en chaque vie vécue. Un Dieu qui désire, qui espère, qui nous incite à accepter de façon plus profonde le don de sa nature aimante en notre nature humaine. Un Dieu qui ne veut rien d’autre qu’accomplir son plan : nous prendre dans sa divinité, nous recréer comme ses fils et ses filles.

Parfois, nos idées sur Dieu en font une divinité tordue, déformée et fausse, un tyran quoi. Malgré nous, ces pensées peuvent nous venir à l’esprit et au cœur, et de fait, elles viennent. Cette divinité distante et irresponsable, cette force brute nous effraie. Il s’agit là d’une divinité faite de main d’homme, égoïste, minable et mesquine qui nous rabaisse tous.

Lorsqu’une telle tentation nous assaille, il nous faut désespérément nous tourner vers notre Seigneur Jésus. Jésus est venu afin de rectifier cette idée, afin d’arracher le masque que nous avons façonné pour cacher le vrai Dieu. Et il est venu faire connaître à tout homme et toute femme de bonne volonté, qui veut bien prêter l’oreille à sa Bonne Nouvelle, que Dieu est amour, uniquement amour, et rien d’autre qu’amour. Sa faiblesse est en fait sa miséricorde, son amour. Un amour qui englobe tout, une faiblesse toute-puissante qui n’impose pas sa volonté, mais qui nous invite à la beauté et à la grandeur de la sainteté.

Regardez le berceau, regardez l’Enfant dans la crèche. Qu’est-ce que la scène vous suggère? – le pouvoir? la puissance? la force? Non, la faiblesse, l’impuissance, la dépendance totale à Marie et Joseph. Voilà Dieu, notre Père, qui embrasse le monde en se faisant un avec lui dans sa propre réalité. Pour Lui, ce monde meurtri, déchiré par les guerres est trop beau pour être abandonné, trop merveilleux pour y renoncer. Il l’a pris sur lui-même; il l’a étreint, pardonnant tout pour lui donner l’espérance.

Ma prière en ce Noël est que nous puissions continuer de faire l’expérience de son amour inconditionnel et inébranlable. Alors, nous pourrons avoir la certitude d’être une lumière qui éclaire les ténèbres qui nous entourent. Que votre Noël soit joyeux et votre Nouvel An radieux!

L’archevêque d’Ottawa,
+ Mgr Marcel Gervais