Messe chrismale — 18 mars 2008

Cathédrale Basilique Notre-Dame — Ottawa, Ontario



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« JE SUIS L’ALPHA ET L’OMEGA »
[Textes: Isaïe 61,1-3. 6.8-9 [Psaume 88]; Apocalypse 1,5-8; Luc 4,16-21]

Les mots qui ouvrent et qui concluent l’Apocalypse indiquent le statut spécial de ce livre : il s’agit de la « révélation », le dévoilement de la clef du plan de salut de Dieu dans l’histoire. Jésus Christ, cloué sur une croix est désormais le Vivant, l’Alpha et l’Oméga – le commencement et la fin – de toutes choses.

Entre le mystère pascal, vécu à Jérusalem il y a 2000 ans, et la fin des temps lorsque Jésus reviendra dans la gloire – « lorsque tous les hommes le verront, même ceux qui l’ont transpercé » - le peuple de Dieu vit sa vie de foi et de louange dans la période de l’Église. Il s’agit d’une période où le peuple de Dieu doit avancer dans la foi alors que ses membres vivent leur quotidien en témoignant de l’évangile et du Fils unique de Dieu, Jésus Christ.

En cette période de l’Église, nous qui partageons la tradition apostolique attestée par Jean, le Voyant de Patmos, nous nous voyons offrir « la grâce et la paix de Dieu qui est, qui était et qui vient », soit Jésus Christ… le premier-né d’entre les morts, lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang ».

Voilà ce que l’Église de Jésus Christ, jusqu’à son retour dans la gloire, nous offre dans les sacrements, en premier lieu l’eucharistie, mais aussi dans le sacrement de réconciliation – célébré sous sa forme ordinaire de confession sacramentelle.

Dans la confession, les prêtres de la Nouvelle Alliance sont les ministres du mystère de l’amour de Dieu qui réconcilie dans le sang de Jésus, qui délie les personnes des péchés commis après le baptême.

Des manuscrits plus tardifs de ce texte disent que Jésus « nous a lavés de nos péchés », mais la version selon laquelle il nous a « déliés » ou « libérés » du péché est un meilleur rappel de l’imagerie de libération de l’Ancien Testament, de la même façon que le sang de l’agneau pascal a libéré le peuple Israël de la malédiction de l’esclavage en Égypte.

Les prêtres pourvoient ce mystère joyeux de l’amour de Dieu qui pardonne à tous ceux et celles qui viennent alors qu’ils se repentent du péché. Dans la chambre de réconciliation ou le confessionnal, les disciples cherchent dans leur rencontre avec le prêtre – un frère dans le Seigneur – une rencontre avec le Fils de l’Homme, celui qui connaît vraiment la condition humaine et qui nous offre un encouragement personnel en plus de la miséricorde de Dieu.

Lorsque les prêtres réconcilient les pécheurs individuellement – un service au peuple de Dieu extraordinairement exigeant – tous deux, le prêtre et le pénitent, font l’expérience de la joie ressentie par les habitants de Nazareth lorsque Jésus a proclamé que s’accomplissait parmi eux la prophétie d’Isaïe : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur.

La vérité relative à l’importance de la confession individuelle demeure un message difficile à véhiculer; cette communication est, pour nous prêtres, une tâche jamais terminée. Il nous faut d’abord nous convaincre nous-mêmes, puis ensuite les personnes engagées dans la vie consacrée, et enfin tous les fidèles.

L’impression que certains ont que la confession est pré conciliaire ou dépassée doit être surmontée avec patience et ténacité. Les peurs résultant de mauvaises expériences passées entre des individus et des confesseurs, ou encore la crainte qu’une anxiété inutile et une culpabilité morbide soient réveillées chez les gens – de telles inquiétudes doivent être apaisées.

Vous savez, les gens continuent encore d’avoir faim et soif d’un message d’encouragement venant de Dieu, tout comme au temps d’Isaïe. Ils veulent aussi entendre : ils étaient en deuil, je les parfumerai avec l’huile de joie; ils étaient dans le désespoir, je leur donnerai des habits de fête (61,3). L’Église a tout ce qu’il faut pour donner cet encouragement et ce soutien dans le sacrement connu sous plusieurs noms : le sacrement de pénitence, le sacrement de la confession, le sacrement de la réconciliation, le sacrement de la paix.

Dieu choisit de façonner ceux qu’il a libérés du péché en « un royaume, des prêtres pour notre Dieu ». Tel est le merveilleux mystère : Dieu fait de ceux et celles qui sont initiés au Corps du Christ par le baptême, la confirmation et l’eucharistie, un peuple saint mis à part pour donner au Père, au Fils et à l’Esprit Saint louange, honneur et gloire.

Nous, le peuple de Dieu qui partageons l’état du Christ prêtre, prophète et roi, nous sommes appelés à témoigner au monde la Bonne Nouvelle de la résurrection du Christ, à faire voir comment toute la réalité est transformée par elle. Ainsi, nous devenons tous le levain enfoui dans la société et la lumière pour le monde dans lequel nous vivons.

Nous nous réjouissons de ce que Dieu continue d’appeler des hommes à servir dans le sacerdoce qui les configure au Christ, Tête de l’Église. Dans le moment, quatre séminaristes étudient au séminaire St. Augustine de Toronto; l’un d’entre eux sera ordonné au diaconat ce printemps et, Dieu voulant, à la prêtrise l’an prochain. Un autre candidat d’âge mûr fait cette année un stage pastoral dans l’espoir d’être appelé au sacerdoce. Que Dieu fasse s’accroître leurs nombres afin que l’eucharistie et la réconciliation demeurent au c?ur de nos vies.

Dans l’une de ses dernières lettres aux prêtres à l’occasion du Jeudi Saint, le Pape Jean-Paul II a montré le rôle des prêtres dans l’éveil des vocations à la prêtrise. « Votre propre témoignage compte plus que tout », écrit-il. « Dans vos mains ils voient l’eucharistie ‘se faire’, ils voient son mystère reflété dans votre visage, et dans votre c?ur ils sentent l’appel urgent d’un grand amour. »

Le regretté Saint-Père ajoute que tous les catholiques doivent prier pour de plus nombreuses vocations à la prêtrise, parce que les prêtres sont un don de Dieu. Mais les prêtres eux-mêmes doivent coopérer en offrant un exemple aux autres, en particulier aux enfants et aux jeunes hommes déjà engagés dans les activités paroissiales, spécialement à ceux qui servent à l’autel.

Il écrit : « Ce qui compte, c’est notre engagement personnel au Christ, notre amour de l’eucharistie, notre ferveur à la célébrer, notre dévotion à l’adorer et notre ardeur à l’offrir à nos frères et s?urs, en particulier aux malades. »

Le Pape Jean-Paul a demandé aux prêtres « de faire montre d’un soin particulier aux servants à l’autel, eux qui représentent une sorte de ‘jardin’ de vocations à la prêtrise », de les aider à grandir dans leur amour pour Jésus, à le reconnaître dans l’eucharistie, et à faire l’expérience de la beauté de la liturgie. Il termina sa lettre en priant afin que les prêtres du monde entier aient « la grâce de ne jamais prendre pour acquis le mystère déposé entre nos mains ».

Tous tant que nous sommes – hommes et femmes, jeunes et aînés, prêtres et personnes consacrées – nous qui avons reçu le don de connaître Jésus Christ, nous sommes appelés à offrir à Dieu en retour notre louange, à désirer pour Dieu « le règne et la puissance pour les siècles des siècles ».

Reconnaître et désirer que la volonté de Dieu règne dans le monde nous met en plein paradoxe, puisque les voies de Dieu ne sont pas nos voies, et pourtant nous sommes appelés à être témoins du mystère de Dieu. La croix du Christ dont parle Paul dans ses lettres est folie pour l’humanité qui ne comprend pas et elle demande que nous nous détournions de notre façon actuelle d’envisager les choses.

Nous sommes appelés à rendre présente à notre monde cette autre vision du monde manifestée dans la faible figure humaine qui a dû souffrir beaucoup afin d’entrer dans sa gloire. Celui qui n’avait pas d’endroit où reposer la tête est nul autre que celui dont la venue rendra manifeste l’injustice qu’on lui a rendue sur la croix. Le Seigneur Jésus ressuscité est également celui qui nous montre comment servir une humanité brisée et nécessiteuse avec le même amour que Dieu a eu pour nous.

En terminant, j’aimerais rappeler que cette année marque le 400ème anniversaire de l’arrivée des explorateurs français qui ont fondé la ville de Québec. Par le Congrès eucharistique international qui aura lieu en juin, cette commémoration touchera toute l’Église au Canada.

Que le Congrès eucharistique raviver la foi dans la Province de Québec et dans toutes les Églises locales du Canada, y compris notre bien-aimée Église d’Ottawa. Celle-ci est issue du zèle des missionnaires, de saintes femmes et du Bienheureux François de Laval, nommé premier évêque du Canada il y a 350 ans.

Les origines de l’Église à Québec, en plus des fondations antérieures en Acadie, symbolisent l’arrivée de la foi catholique et de l’évangélisation des Peuples autochtones.

Que les activités menant au Congrès eucharistique et celles qui en découleront nous encouragent à renouveler notre foi, et qu’elles nous stimulent vers de nouvelles initiatives pour rappeler à l’expression active de la foi ceux et celles qui ont laissé leur engagement devenir marginal ou inexprimé dans leurs vies.

Aidons-les à « recommencer à nouveau à partir du Christ ». De cette façon, nous accomplirons le défi du mystère pascal, proclamer toujours et partout que Jésus Christ, notre Sauveur ressuscité, demeure pour toujours « l’Alpha et l’Oméga, le Seigneur Dieu qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant ».

Mgr Terrence Prendergast, s.j.