Messe chrismale 18 mars 2008Cathédrale Basilique Notre-Dame Ottawa, OntarioHomelie: « JE SUIS LALPHA ET LOMEGA
» Les mots qui ouvrent et qui concluent lApocalypse indiquent le statut spécial de ce livre : il sagit de la « révélation », le dévoilement de la clef du plan de salut de Dieu dans lhistoire. Jésus Christ, cloué sur une croix est désormais le Vivant, lAlpha et lOméga le commencement et la fin de toutes choses. Entre le mystère pascal, vécu à Jérusalem il y a 2000 ans, et la fin des temps lorsque Jésus reviendra dans la gloire « lorsque tous les hommes le verront, même ceux qui lont transpercé » - le peuple de Dieu vit sa vie de foi et de louange dans la période de lÉglise. Il sagit dune période où le peuple de Dieu doit avancer dans la foi alors que ses membres vivent leur quotidien en témoignant de lévangile et du Fils unique de Dieu, Jésus Christ. En cette période de lÉglise, nous qui partageons la tradition apostolique attestée par Jean, le Voyant de Patmos, nous nous voyons offrir « la grâce et la paix de Dieu qui est, qui était et qui vient », soit Jésus Christ le premier-né dentre les morts, lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang ». Voilà ce que lÉglise de Jésus Christ, jusquà son retour dans la gloire, nous offre dans les sacrements, en premier lieu leucharistie, mais aussi dans le sacrement de réconciliation célébré sous sa forme ordinaire de confession sacramentelle. Dans la confession, les prêtres de la Nouvelle Alliance sont les ministres du mystère de lamour de Dieu qui réconcilie dans le sang de Jésus, qui délie les personnes des péchés commis après le baptême. Des manuscrits plus tardifs de ce texte disent que Jésus « nous a lavés de nos péchés », mais la version selon laquelle il nous a « déliés » ou « libérés » du péché est un meilleur rappel de limagerie de libération de lAncien Testament, de la même façon que le sang de lagneau pascal a libéré le peuple Israël de la malédiction de lesclavage en Égypte. Les prêtres pourvoient ce mystère joyeux de lamour de Dieu qui pardonne à tous ceux et celles qui viennent alors quils se repentent du péché. Dans la chambre de réconciliation ou le confessionnal, les disciples cherchent dans leur rencontre avec le prêtre un frère dans le Seigneur une rencontre avec le Fils de lHomme, celui qui connaît vraiment la condition humaine et qui nous offre un encouragement personnel en plus de la miséricorde de Dieu. Lorsque les prêtres réconcilient les pécheurs individuellement un service au peuple de Dieu extraordinairement exigeant tous deux, le prêtre et le pénitent, font lexpérience de la joie ressentie par les habitants de Nazareth lorsque Jésus a proclamé que saccomplissait parmi eux la prophétie dIsaïe : LEsprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur ma consacré par lonction. Il ma envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers quils sont libres, et aux aveugles quils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. La vérité relative à limportance de la confession individuelle demeure un message difficile à véhiculer; cette communication est, pour nous prêtres, une tâche jamais terminée. Il nous faut dabord nous convaincre nous-mêmes, puis ensuite les personnes engagées dans la vie consacrée, et enfin tous les fidèles. Limpression que certains ont que la confession est pré conciliaire ou dépassée doit être surmontée avec patience et ténacité. Les peurs résultant de mauvaises expériences passées entre des individus et des confesseurs, ou encore la crainte quune anxiété inutile et une culpabilité morbide soient réveillées chez les gens de telles inquiétudes doivent être apaisées. Vous savez, les gens continuent encore davoir faim et soif dun message dencouragement venant de Dieu, tout comme au temps dIsaïe. Ils veulent aussi entendre : ils étaient en deuil, je les parfumerai avec lhuile de joie; ils étaient dans le désespoir, je leur donnerai des habits de fête (61,3). LÉglise a tout ce quil faut pour donner cet encouragement et ce soutien dans le sacrement connu sous plusieurs noms : le sacrement de pénitence, le sacrement de la confession, le sacrement de la réconciliation, le sacrement de la paix. Dieu choisit de façonner ceux quil a libérés du péché en « un royaume, des prêtres pour notre Dieu ». Tel est le merveilleux mystère : Dieu fait de ceux et celles qui sont initiés au Corps du Christ par le baptême, la confirmation et leucharistie, un peuple saint mis à part pour donner au Père, au Fils et à lEsprit Saint louange, honneur et gloire. Nous, le peuple de Dieu qui partageons létat du Christ prêtre, prophète et roi, nous sommes appelés à témoigner au monde la Bonne Nouvelle de la résurrection du Christ, à faire voir comment toute la réalité est transformée par elle. Ainsi, nous devenons tous le levain enfoui dans la société et la lumière pour le monde dans lequel nous vivons. Nous nous réjouissons de ce que Dieu continue dappeler des hommes à servir dans le sacerdoce qui les configure au Christ, Tête de lÉglise. Dans le moment, quatre séminaristes étudient au séminaire St. Augustine de Toronto; lun dentre eux sera ordonné au diaconat ce printemps et, Dieu voulant, à la prêtrise lan prochain. Un autre candidat dâge mûr fait cette année un stage pastoral dans lespoir dêtre appelé au sacerdoce. Que Dieu fasse saccroître leurs nombres afin que leucharistie et la réconciliation demeurent au c?ur de nos vies. Dans lune de ses dernières lettres aux prêtres à loccasion du Jeudi Saint, le Pape Jean-Paul II a montré le rôle des prêtres dans léveil des vocations à la prêtrise. « Votre propre témoignage compte plus que tout », écrit-il. « Dans vos mains ils voient leucharistie se faire, ils voient son mystère reflété dans votre visage, et dans votre c?ur ils sentent lappel urgent dun grand amour. » Le regretté Saint-Père ajoute que tous les catholiques doivent prier pour de plus nombreuses vocations à la prêtrise, parce que les prêtres sont un don de Dieu. Mais les prêtres eux-mêmes doivent coopérer en offrant un exemple aux autres, en particulier aux enfants et aux jeunes hommes déjà engagés dans les activités paroissiales, spécialement à ceux qui servent à lautel. Il écrit : « Ce qui compte, cest notre engagement personnel au Christ, notre amour de leucharistie, notre ferveur à la célébrer, notre dévotion à ladorer et notre ardeur à loffrir à nos frères et s?urs, en particulier aux malades. » Le Pape Jean-Paul a demandé aux prêtres « de faire montre dun soin particulier aux servants à lautel, eux qui représentent une sorte de jardin de vocations à la prêtrise », de les aider à grandir dans leur amour pour Jésus, à le reconnaître dans leucharistie, et à faire lexpérience de la beauté de la liturgie. Il termina sa lettre en priant afin que les prêtres du monde entier aient « la grâce de ne jamais prendre pour acquis le mystère déposé entre nos mains ». Tous tant que nous sommes hommes et femmes, jeunes et aînés, prêtres et personnes consacrées nous qui avons reçu le don de connaître Jésus Christ, nous sommes appelés à offrir à Dieu en retour notre louange, à désirer pour Dieu « le règne et la puissance pour les siècles des siècles ». Reconnaître et désirer que la volonté de Dieu règne dans le monde nous met en plein paradoxe, puisque les voies de Dieu ne sont pas nos voies, et pourtant nous sommes appelés à être témoins du mystère de Dieu. La croix du Christ dont parle Paul dans ses lettres est folie pour lhumanité qui ne comprend pas et elle demande que nous nous détournions de notre façon actuelle denvisager les choses. Nous sommes appelés à rendre présente à notre monde cette autre vision du monde manifestée dans la faible figure humaine qui a dû souffrir beaucoup afin dentrer dans sa gloire. Celui qui navait pas dendroit où reposer la tête est nul autre que celui dont la venue rendra manifeste linjustice quon lui a rendue sur la croix. Le Seigneur Jésus ressuscité est également celui qui nous montre comment servir une humanité brisée et nécessiteuse avec le même amour que Dieu a eu pour nous. En terminant, jaimerais rappeler que cette année marque le 400ème anniversaire de larrivée des explorateurs français qui ont fondé la ville de Québec. Par le Congrès eucharistique international qui aura lieu en juin, cette commémoration touchera toute lÉglise au Canada. Que le Congrès eucharistique raviver la foi dans la Province de Québec et dans toutes les Églises locales du Canada, y compris notre bien-aimée Église dOttawa. Celle-ci est issue du zèle des missionnaires, de saintes femmes et du Bienheureux François de Laval, nommé premier évêque du Canada il y a 350 ans. Les origines de lÉglise à Québec, en plus des fondations antérieures en Acadie, symbolisent larrivée de la foi catholique et de lévangélisation des Peuples autochtones. Que les activités menant au Congrès eucharistique et celles qui en découleront nous encouragent à renouveler notre foi, et quelles nous stimulent vers de nouvelles initiatives pour rappeler à lexpression active de la foi ceux et celles qui ont laissé leur engagement devenir marginal ou inexprimé dans leurs vies. Aidons-les à « recommencer à nouveau à partir du Christ ». De cette façon, nous accomplirons le défi du mystère pascal, proclamer toujours et partout que Jésus Christ, notre Sauveur ressuscité, demeure pour toujours « lAlpha et lOméga, le Seigneur Dieu qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant ». Mgr Terrence Prendergast, s.j. |