MESSAGE PASCAL 2007

Lorsque je vois des pères jouer avec leurs enfants, je me souviens de ce qu’un de mes professeurs disait à propos de « Abba ». Voyant son père à genoux et lui-même sur son dos comme sur un cheval, un enfant juif dirait : « Abba ». Souvent les pères soulèvent leurs petits enfants au-dessus de leur tête. Pour les enfants qui connaissent et qui ont confiance en leurs pères, il y a toujours des éclats de joie. « Abba » exprime un genre d’intimité, pas de crainte, en présence d’une grande force.

« Abba » : le nom que tout petit enfant donnerait à son père en toute circonstance. Il exprime la confiance. « Abba » nomme un homme fort, imposant et encore un peu étranger. Il n’y a aucun nom équivalent pour une mère, parce que l’enfant qu’elle a porté dans son sein et qu’elle a nourri de son lait a déjà établi un lien fort d’amour avec elle. Mais le père n’a pas tout à fait la même relation; il tente de la créer avec son enfant après la naissance. En tenant l’enfant, en jouant avec l’enfant, même en le lançant dans les airs au-dessus de sa tête, il crée ce lien. Un enfant, garçon ou fille, qui fait l’expérience d’être en sécurité avec quelqu’un de si puissant, et pourtant encore légèrement étranger, est la base de l’expérience de Dieu comme « Abba ».

Le mot n’est utilisé que trois fois dans le Nouveau Testament. Saint Paul, parlant de notre relation à notre Père des cieux, dit que notre relation à lui est celle d’enfants propres, non pas d’esclaves. Nous crions « Abba », Père, non pas par crainte, mais à cause d’une liberté joyeuse (Rm 8, 15; Ga. 4, 6). Jésus a dû utiliser le mot très souvent, et l’Église a dû l’employer dans son enseignement, parce que saint Paul utilise le mot araméen sans l’expliquer à ses lecteurs grecs.

Alors que les évangiles utilisent souvent le mot grec pour « Père », nous n’avons qu’un seul endroit où Jésus prononce de fait le mot araméen « Abba », Père. C’est en Marc 14, 36. Jésus, adulte, apeuré, même terrifié crie : « Abba ». Voilà un cri de confiance filiale et d’intimité. Effrayé par sa mort prochaine et connaissant le pouvoir de son Père, il crie : « Abba ». « Père, pour toi tout est possible. Éloigne de moi cette coupe. »

Il s’abandonne à son « Abba » aimant et il lâche prise : « Pourtant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » Il meurt. Son cœur arrête de battre. De son côté jaillissent l’eau et le sang – symboles des sacrements de l’Église qui naît.

« Abba » entend son cri. Il relève Jésus d’entre les morts. Il est ressuscité. Nous nous réjouissons.

Par le baptême nous avons également été immergés dans sa mort-résurrection. Nous sommes morts et nous sommes ressuscités en lui. Un jour nous serons avec lui dans le Paradis. Comme des petits enfants, nous nous réjouissons de la merveilleuse présence de « Abba », notre Père.

En cette saison pascale, je prie pour vous tous : Que la joie du Seigneur ressuscité soit dans vos cœurs, creusant en profondeur votre sentiment de confiance en « Abba » qui a ressuscité Jésus à la vie! Alléluia!


L’archevêque d’Ottawa,
+ Marcel Gervais