Homélie de Mgr T. Prendergast, S.J. lors du Service œcuménique et interreligieux dans le cadre des célébrations de son installation comme archevêque d’Ottawa

LUNDI 25 JUIN 2007

(Texte Luc 8,4-8)

Chers amis, chères amies,

Je veux tout d'abord vous exprimer toute ma reconnaissance pour votre accueil si chaleureux en cette splendide cathédrale qui rend un vibrant témoignage au zèle et à la ferveur de nos ancêtres dans la foi.

Le 25 juin 1847, il y a exactement 160 ans aujourdhui, l'église locale dOttawa a été reconnue comme diocèse. Le diocèse portait à ce moment-là le nom de Bytown. Renommé Ottawa en 1860, il a été élevé au titre d'archidiocèse en 1886.

Il était de mise que la prière de ce soir débute par une cérémonie de purification exécutée par les membres de Kateri Ministry. Cette association d'autochtones, dont les tribus d'origine sont variées, retient son nom de la Bienheureuse Kateri Tekakwitha, la gloire de la nation Mohawk et des peuples aborigènes de l'Amérique du Nord.

Lorsque nous nous remémorons l'histoire de notre patrie, nous voyons clairement que les explorateurs européens, qui désiraient partager le christianisme avec les peuples indigènes du Canada, ne lont pas toujours fait selon les plus grands idéaux de leur foi et de la nôtre. Nous nous repentons pour ces échecs - les leurs et les nôtres - et demandons à Dieu de nous guider sur ce long chemin de réconciliation et de guérison.

Des chrétiens de diverses communautés se sont joints à la communauté catholique ce soir. Je désire remercier leurs représentants pour leur présence; je m’engage à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour collaborer avec vous afin d’établir l’unité souhaitée par notre Seigneur lors de la dernière Cène. Efforçons-nous de mettre en application le genre d’unité qui nous permettra de témoigner de la nouvelle création du Christ qui est à l’œuvre parmi nous par la puissance de sa résurrection. Je remercie aussi les dirigeants des autres communautés de foi. Par votre présence parmi nous aujourd’hui, vous m’honorez, ainsi que l’Église catholique romaine. Je m’engage à marcher avec vous sur le sentier de la collaboration et de l’amitié - engagement qui a marqué le ministère de mon prédécesseur, Mgr Marcel Gervais.

Je vous invite à vous joindre à moi afin qu’ensemble nous puissions offrir à la société toute entière un témoignage du rôle des communautés de foi dans le bien-être de la société.

Lorsque les gens qui vivent à l’extérieur de la capitale pensent à Ottawa, les politiciens leur viennent automatiquement à l’esprit. Je veux donc manifester ma gratitude à M. le Maire O’Brien pour son message, présenté au nom de tous les paliers de gouvernement.

Votre tâche comme leader du processus gouvernemental en est une qui revêt une grande importance. Je vous encourage à puiser à même les convictions de votre foi alors que vous considérez les questions importantes qui affectent le bien-être de la collectivité.

D’une manière très significative, les racines de la société canadienne s’inspirent d’une expérience sans précédent amorcée par les chrétiens et les juifs. C’est de l’interaction de ces religions qu’est née une merveille canadienne. J’entends par cela que le Canada est une société dont la vision de la personne humaine est à l’image de Dieu. Nos valeurs canadiennes, telles que l’engagement à venir en aide aux pauvres, le désir d’une justice sociale et les convictions de l’importance de la liberté de conscience, ont émergé de cette vision.

À l’approche de la fête du Canada, il est important de ne pas perdre de vue l’origine religieuse de cette vision canadienne. Il n’était pas nécessaire que les chrétiens et les juifs créent une sphère publique libre de religion; c’est côte à côte qu’ils ont trouvé, au cœur de leur pratique religieuse, une sphère publique libre. Cette sphère publique accueille les disciples des autres traditions religieuses – ainsi que ceux qui n’en ont aucune – et les invite à créer une amitié qui, au cours d’un échange vigoureux, parvient à découvrir la profondeur de la justice, du service et de la liberté.

Je voudrais maintenant remercier les jeunes de l’archidiocèse pour leur contribution à cette soirée de prière. Ils ont fait une mise en scène de la parabole de Jésus qui nous a été transmise par saint Luc. Dans cette histoire quelque peu provocatrice de Jésus, ce qui semble avoir débuté par un ensemencement fort généreux sur des surfaces très peu réceptives à la semence est couronné par une moisson des plus extraordinaires. Les graines n’ont pas seulement germé, elles ont grandi et ont produit du fruit en abondance.

Les exégètes nous font remarquer que la version de Luc diffère de la parabole des évangélistes Matthieu et Marc. Ils nous suggèrent d’être attentifs aux différences qui nous aideront à discerner non seulement ce qu’était le sens de la parabole pour les personnes qui l’ont entendue de Jésus lui-même, mais aussi ce qu’elle signifiait pour les membres de l’Église primitive alors qu’ils l’interprétaient dans leurs propres expériences, et spécialement ce qu’elle signifiait pour chacun des évangélistes qui la partageait avec son église locale.

En passant en revue ces différents niveaux, nous pouvons identifier une méthode d’interprétation qui nous oblige, au terme du processus, de l’interpréter pour aujourd’hui. Je voudrais partager avec vous certaines réflexions qui émanent de mon ministère auprès des jeunes de la Nouvelle-Écosse, ce que cela pourrait signifier pour les jeunes de l’Église d’Ottawa et quelle signification cela pourrait avoir dans le contexte œcuménique et interreligieux dans lequel nous sommes appelés à vivre dans ce 21ième siècle au Canada.

Les jeunes d’aujourd’hui vivent dans un monde où l’enseignement de Jésus – comme la semence de la parabole – est piétiné ou volé de leur cœur. L’anxiété, la richesse et les plaisirs de la vie étouffent le message chez certains d’entre eux. Malgré cela, la Parole de Dieu trouve toujours une bonne terre où elle peut prendre racine et produire un fruit mûr dans la vie de plusieurs jeunes.

Alors que l’Église accomplit sa mission première de partager les semences et de semer la Parole de Dieu, parole de vie et d’espérance, nous nous devons de regarder où la semence prend racine et produit du fruit parmi les jeunes et ensuite de travailler sans relâche pour émuler ces conditions.

L’Église toute entière a la responsabilité de proclamer la Parole de Dieu aux jeunes. Nous ne devons pas envisager cette tâche qu’est l’évangélisation comme un salarié, lançant la semence comme si ce n’était qu’un travail, quelque chose qui doit être accompli. Au contraire, comme Église d’Ottawa, nous devons aborder l’évangélisation comme le ferait une famille de fermiers de l’Est de l’Ontario lorsqu’elle prépare sa semence au printemps. Une telle famille sait que son avenir et son bien-être dépendent de la croissance de cette semence.

Les semences doivent être choisies minutieusement et préparées pour être plantées dans un climat spécifique. Nous devons, de la même manière, proclamer la Parole de Dieu aux jeunes de façon à ce qu’elle colle à leur expérience. Ceci inclut mais ne se limite pas à l’usage de musique appropriée et des médias électroniques. Nous devons présenter la Parole de Dieu dans un respect de la culture contemporaine de la jeunesse et des attitudes qui lui sont propres.

Comme le Christ a proclamé la parabole du semeur aux fermiers de culture méditerranéenne, nous devons aussi présenter la Vérité de Jésus aux jeunes qui habitent dans une culture caractérisée par le relativisme et le matérialisme – par des perceptions selon lesquelles la vérité absolue n’existe pas et que tout ce qui importe est le côté matériel du monde.

La ‘semence’ que les adultes présentent aux jeunes doit être fondée sur toute la vérité telle qu’il nous est demandé de la présenter. Rien de moins ne pourrait qu’induire les jeunes en erreur et porter à confusion. Cela signifie que les programmes de pastorale jeunesse doivent inclure l’éducation religieuse et morale. Nous devons aussi fournir les ressources nécessaires aux personnes qui travaillent avec les jeunes ainsi que des possibilités de formation continue pour leurs parents et autres adultes.

Dans ses rapports avec les jeunes et leur culture, l’Église doit en tout temps proclamer l’Évangile de façon à ce qu’il soit entendu, compris et accepté. Parallèlement, la Parole de Dieu doit toujours être ressentie comme étant profondément à contre-courant de notre culture et menant à une transformation qui change la vie des individus.

Les semeurs les plus chevronnés et les semences les plus robustes ont peu de chance de produire une semence abondante si la terre n’est pas tournée au préalable. Dans notre monde, la Parole de Dieu est foulée aux pieds, décortiquée et même étouffée de bien des façons. Voilà pourquoi, l’Église, en continuant la tâche du Christ, semeur, se doit de travailler avec ardeur afin d’aider les jeunes à grandir dans la foi et la liberté.

Un pourcentage très élevé de jeunes vivent dans des familles où les parents ne participent pas à la messe dominicale. Pour un nombre toujours grandissant de jeunes gens, la famille n’est plus source de stabilité, d’affirmation et d’éducation religieuse; donc, l’Église se doit de leur être présente.

Après la famille – avec tous ses défis contemporains – le meilleur endroit pour les jeunes de rencontrer Dieu est la paroisse. Il est donc important que la paroisse fasse tout ce qu’elle peut pour fournir une terre fertile à ces jeunes. Elle doit favoriser les relations entre les jeunes – influence positive de leurs camarades- et être un endroit d’hospitalité, d’affirmation et de sens d’appartenance. Elle doit être ouverte à la présence et aux idéaux des jeunes.

Les jeunes qui sont engagés dans une communauté de foi apportent un enthousiasme spontané et un idéalisme contagieux. Toute l’Église bénéficiera, aujourd’hui et demain, de l’engagement actif de ces jeunes. Nous verrons les fruits dans la vie de ces jeunes au fur et à mesure qu’ils prendront part à la vie de l’Église, qu’ils seront fidèles et attentifs à la Parole de Dieu dans leur vie, qu’ils seront ouverts aux besoins des autres, qu’ils travailleront pour la justice et la paix et qu’ils sèmeront la Parole de Dieu dans leur propre milieu.

Cette parabole du semeur est remplie de vérités merveilleuses – vérités si importantes que Jésus a jugé bon de prendre ses disciples à part et de leur expliquer le sens de cette histoire en détail.

Ces vérités sont aussi actuelles aujourd’hui qu’elles ne l’étaient il y a près de deux mille ans. Les dangers abondent. Les tentations surviennent partout. Mais la Parole de Dieu est toujours offerte aux coeurs généreux. La semence grandit toujours en terre fertile et rapporte une moisson de paix, de joie et d’espérance.

Lorsque Jésus eut terminé son explication, il ajouta : «Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende.» Comment pouvons-nous faire la sourde oreille à son message? Jésus lui-même l’a expliqué. Nous n’avons aucune raison de ne pas le saisir. En terminant, je propose que l’on se demande à soi-même : Est-ce que j’en saisis le sens? Est-ce que nous le comprenons? Si nous saisissons le message, l’Église accueillera l’avenir à bras ouverts. Nous n’aurons pas simplement jeté la semence, nous aurons contribué à créer une autre génération de gens qui accepteront de devenir des semeurs. Prions Dieu pour qu’il en soit ainsi.