EXPERT RELIGIEUX

Notre archevêque, Mgr Marcel Gervais, s'exprime sur une variété de questions liées à la foi. Ces textes ont d'abord été publiés dans le Ottawa Citizen («Ask the religion experts» - une question pour les experts religieux). Ils ont été traduits par M.l'abbé Jacques Faucher.



La philosophie occidentale a mis l’accent sur l’autonomie de l’individuelle encourage chacun à penser par soi-même. Qu’est-ce que votre tradition religieuse enseigne touchant la liberté de chaque membre de se dissocier des énoncés de la foi reçue et à propos des conséquences d’une telle décision?

« L’autonomie de l’individu » a ses limites. Laissé à notre initiative personnelle, aucun de nous ne peut se créer, ne peut se donner la vie sans une mère, ne peut se nourrir, ne peut grandir sans relation avec autrui. Tout au long de notre vie, nous devons reconnaître notre dette à l’égard des autres. Que cela nous plaise ou pas, nous sommes par nature des êtres sociaux.

Ceci étant établi, il n’en découle pas que nous devons imiter tous les autres et suivre l’exemple d’autrui à la manière des automates. Évoquons ici les jeunes filles qui se promènent le nombril à l’air suivant la mode de Britney Spear; voici un cas d’obéissance aveugle qui n’est pas à recommander. Suivre l’instinct du troupeau ne constitue pas un modèle à promouvoir, pas plus dans le domaine des idées que dans celui de la mode.

Il existe une expérience partagée nommée en latin « consensus fidelium », c’est à dire l’accord dans la foi partagée par les croyants. Ce consensus vécu par les croyants touche l’ensemble des données de foi qui sont partagées dans la communauté. Permettez-moi de comparer ce consensus à une bonne vieille chaise confortable à laquelle nous sommes attachés. Dans le domaine de la foi, la nouveauté (même parée des meilleures intentions) ne trouve pas facilement preneur. Les idées nouvelles ont besoin de faire leurs preuves, d’étape en étape, au niveau de l’acceptation. Un exemple de ce processus d’évolution nous est offert dans le domaine de l’interprétation de l’Écriture sainte dans l’Église. Ce qu’on avait rejeté en 1898 fut promulgué comme une doctrine authentique au Concile Vatican II en 1965, suite à de longs et sérieux débats.

L’Église reconnaît volontiers la liberté des religions; cette reconnaissance s’étend implicitement à la pensée religieuse. Évoquons un autre exemple : les idées de Teilhard de Chardin ont rencontré à la fois de l’acceptation partielle et un refus partiel durant de longues années. Puis vint une sorte d’expérience d’osmose qui éleva ces orientations de pensée au niveau d’un enseignement acceptable.

Si un croyant rejette de propos délibéré, en pleine connaissance de cause, un article du Credo des apôtres, il se place en dehors de la communion de foi. S’il s’agit d’une contestation touchant des points de moindre importance, on s’expose à des sanctions moindres ou à aucune peine.