EXPERT RELIGIEUX

Notre archevêque, Mgr Marcel Gervais, s'exprime sur une variété de questions liées à la foi. Ces textes ont d'abord été publiés dans le Ottawa Citizen («Ask the religion experts» - une question pour les experts religieux). Ils ont été traduits par M.l'abbé Jacques Faucher.



Il est arrivé récemment que des gens se sont opposés à l’ouverture d’une clinique de méthadone dans leur immeuble. Qu’est ce que votre groupe religieux enseigne touchant l’abus de substances toxiques? La société a-t-elle le devoir d’aider les personnes qui sont aux prises avec diverses dépendances?

Identifions ici trois problèmes : la prudence, la dépendance, la compassion. En premier lieu, la prudence : toute personne a le droit et le devoir de veiller à ce que sa famille jouisse de la sécurité dans son entourage. S’il était question d’ouvrir une clinique de méthadone dans l’immeuble où j’habite, je serais en droit de faire enquête afin de m’assurer que des toxicomanes ne jouissent pas d’un libre accès à cet immeuble sans supervision adéquate. Je voudrais absolument avoir la sécurité de base pour me permettre à moi et à ma famille de dormir paisiblement chaque soir. À défaut d’obtenir cette garantie, je serais dans mon droit de m’opposer à l’ouverture de cette clinique dans mon immeuble.

La dépendance constitue une chose terrible. Beaucoup prétendent qu’il s’agit bien d’une forme de maladie grave, tout à fait contraignante pour la personne affligée. À moins que les toxicomanes acceptent de reconnaître le fait qu’ils sont malades, il n’y a pas moyen d’envisager une guérison. Les toxicomanes vivent plongés dans la malhonnêteté. La disposition fondamentale qui ouvre la voie de la guérison en est une d’honnêteté. Ces personnes ont besoin de faire face à la réalité. Dans la plupart des cas, ceci implique que ces personnes devront faire l’expérience de dégringoler à zéro avant d’être capables de reconnaître en toute vérité qu’elles ne peuvent exercer aucun contrôle sur les substances qui les affligent. Il s’avère essentiel que ces gens éprouvent le sentiment de leur totale impuissance devant ce fléau. Le jour où ils commenceront à demander de l’aide à Dieu et à d’autres personnes, la guérison s’amorcera. C’est à ce prix seulement que ces gens seront capables de commencer à retrouver leur dignité. « La vérité fera de vous des personnes libres » (Jean 8 :32).

La compassion enfin demeure nécessaire – non pas celle qui glisse vers la sympathie ou la pitié à l’égard d’une victime. Je parle d’une forme de compassion lucide au sens strict – une attitude essentielle. La plupart des toxicomanes peuvent recevoir cette compassion en prenant contact avec l’association des Alcooliques anonymes (AA) qui offre un programme en 12 étapes. Une compassion molle ne sert qu’à encourager les toxicomanes à continuer d’abuser des substances qui ont causé leur perte.