EXPERT RELIGIEUX

Notre archevêque, Mgr Marcel Gervais, s'exprime sur une variété de questions liées à la foi. Ces textes ont d'abord été publiés dans le Ottawa Citizen («Ask the religion experts» - une question pour les experts religieux). Ils ont été traduits par M.l'abbé Jacques Faucher.



Deux économistes de l’Université Harvard ont récemment mené une enquête dans 59 pays pour explorer le lien entre pratique religieuse et réalités économiques. Ils ont trouvé que les croyants bénéficient d’une plus grande prospérité. Avez-vous une explication à proposer?

De quels pays s’agit-t-il? De quels croyants parle-t-on ici? Je n’en sais rien mais je vous offre quand même une réponse. Dans les communautés orientées vers le royaume de Dieu, soucieuses de mettre en pratique l’amour et le souci du prochain, les disciples devraient pouvoir apprécier le confort économique sur cette terre. Notre Seigneur prévoyait cette éventualité – il n’écartait pas l’épreuve des persécutions (voir Marc 10 :30). Au plan individuel toutefois, les disciples peuvent s’enrichir en centrant leur regard sur l’argent plutôt que sur le royaume; ce qui implique d’oublier le souci du prochain. Notre Seigneur ne se prive pas d’apostropher en ces termes ce type de pseudo disciple : « Il est plus facile à un chameau d’entrer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu » (Luc 18 : 25).

Considérons les politiques sociales de nos divers niveaux de gouvernement au Canada. Au plan municipal, provincial et fédéral, on a incorporé dans ces politiques plusieurs aspects de l’enseignement de la Loi et des Prophètes d’Israël ainsi que des préceptes de Jésus. Je souligne les principes identifiant notre société comme une communauté appelée à redistribuer sa richesse. Tenant compte de l’abondance de nos richesses naturelles au Canada, il suffisait d’une bonne application des consignes évangéliques pour en arriver à éliminer chez nous les situations de pauvreté extrême.

Il existe par contre nombre d’endroits en Afrique, en Amérique latine, en Amérique du Sud, dans des parties de l’Asie où on trouve encore beaucoup plus de croyants que chez nous. Dans ces régions, la majorité de la population fait l’expérience d’une très grande pauvreté. Si certains pays bénéficient des ressources nécessaires pour assurer le bien-être de leur population, il saute aux yeux que la seule présence de « croyants » n’est pas le principal facteur à souligner. Il faut compter sur « des croyants qui passent à l’action ». Leur engagement fait évoluer les sociétés dans le sens de l’enseignement de Jésus – ce qui engendre une authentique prospérité.