EXPERT RELIGIEUX

Notre archevêque, Mgr Marcel Gervais, s'exprime sur une variété de questions liées à la foi. Ces textes ont d'abord été publiés dans le Ottawa Citizen («Ask the religion experts» - une question pour les experts religieux). Ils ont été traduits par M.l'abbé Jacques Faucher.



On se représente souvent les Églises comme des organismes hiérarchiques. Comment peut-on décrire la structure de votre groupe religieux?

Le plus souvent, notre Seigneur décrit son Église à partir d’images basées sur la famille et les relations communautaires. Nos relations vis-à-vis Dieu sont fondées sur les relations qui unissent parents et enfants. Quant à nos relations avec les autres membres de l’Église, elles sont de l’ordre des relations unissant frères et sœurs, ou celles de gens vis-à-vis leurs voisins.

Le mot « communion » demeure le plus approprié pour décrire la structure idéale d’une Église – il s’agit d’une communauté de membres partageant une même foi. Dans l’Église primitive, on utilisait le mot « fraternité » pour exprimer cette forme de communion. (Dans notre français contemporain, quel serait le mot le plus approprié?) En retenant les mots mêmes de Jésus, nous sommes tous des frères et des sœurs, des mères et des pères les uns par rapport aux autres dans une telle communauté (Marc, 10 : 29-30).

D’une part, toute organisation qui ne reconnaît pas le besoin d’une forme de hiérarchie court à sa perte. Notre Seigneur a souligné que le leadership constituait une dimension très importante (et par là-même dangereuse) de son Église. Il porta beaucoup d’attention au choix des Douze. (Luc 6 : 12-16) Il rappela à ses apôtres plusieurs avertissements touchant l’abus de leur leadership (Mathieu 23) Il se produisit des abus, et à plus d’une occasion.

D’autre part, une organisation ecclésiale qui souligne seulement sa structure hiérarchique court également à sa perte. Quand on dit leadership, on inclut le pouvoir et l’autorité. Il est facile d’user de manipulation afin que le peuple se mette au service du leader – au lieu d’inspirer le leader à se mettre au service du peuple (Luc 22 : 24-27) Il faut considérer tout ministère comme un service. Le titre le plus authentique donné au Saint-Père est le suivant : « serviteur des serviteurs de Dieu ».

L’Église demeure constamment tiraillée par deux forces opposées – l’une vers l’extérieur et l’autre vers l’intérieur. À certaines époques, la poussée vers l’extérieur s’affirme plus fortement, ce qui permet aux Églises locales plus de latitude pour affirmer leur individualité. En d’autres circonstances, on trouve la tendance inverse : une poussée vers l’intérieur, ce qui accentue l’uniformité et l’obéissance. Ces deux forces demeurent toujours agissantes et donnent à une Église sa vitalité. S’il arrive qu’une poussée prenne le dessus sur l’autre, tout est perdu.