EXPERT RELIGIEUX

Notre archevêque, Mgr Marcel Gervais, s'exprime sur une variété de questions liées à la foi. Ces textes ont d'abord été publiés dans le Ottawa Citizen («Ask the religion experts» - une question pour les experts religieux). Ils ont été traduits par M.l'abbé Jacques Faucher.



La justice réparatrice se définit parfois comme la guérison des blessures que le comportement criminel inflige aux victimes, aux communautés et même aux délinquants. Il s’agit d’un mouvement en pleine croissance au Canada et dans d’autres pays. Que pense votre groupe religieux de la justice réparatrice? Dans l’expérience de votre groupe, pouvez-vous citer des exemples de justice réparatrice?

L’Église conserve dans son patrimoine une somme importante de réflexions touchant le sujet de la justice. Quand nous parlons de nos jours de justice réparatrice, il s’agit d’une dimension de ce vaste enjeu. On peut remette ce qui a été dérobé; par exemple, on peut rendre au propriétaire légitime des tableaux qui lui ont été volés. Ce geste offre une illustration de la justice réparatrice. Quand il s’agit de rétablir l’honneur ou la réputation d’une personne, la tâche devient plus difficile; elle exige habituellement une compensation monétaire, sans oublier que le coupable doit aussi reconnaître sa faute et demander pardon. Le dommage psychologique ou spirituel est le plus difficile à réparer. Il faudra envisager ici une offre de counselling ou toute autre forme de traitement qui pourrait redonner à la personne lésée sa santé et son bien-être (il peut s’agir aussi d’un groupe). Sans oublier que le versement d’une somme d’argent peut être exigé.

Il existe des actes d’injustice si graves que rien ne peut réparer ou rétablir les bonnes relations; par exemple dans le cas d’un meurtre. Le plus qu’on peut envisager ici consiste à punir adéquatement le coupable. Cette forme de réparation peut offrir un certain degré de consolation aux personnes affligées; mais la victime n’est pas pour autant rendue à la vie.

Les évêques catholiques du Canada ont établi des protocoles pour aider à régler les cas d’offenses infligées par des membres de leur personnel. Pour définir ces protocoles, on a eu recours à un groupe d’experts formés dans plusieurs disciplines, y compris la psychologie, le service social, la médecine, la théologie et la profession légale. On fait appel ici à un comité chargé d’étudier l’accusation et à un autre comité chargé de répondre aux besoins de la victime (ou des victimes). Si on respecte ces protocoles, on arrivera autant que faire se peut à un résultat où la justice réparatrice trouvera son compte. Seul l’amour peut guérir adéquatement; au sein de l’amour, la justice occupe la plus grande place.