EXPERT RELIGIEUX

Depuis cinq ans déjà, notre archevêque, Mgr Marcel Gervais, s'exprime sur une variété de questions liées à la foi. Ces textes ont d'abord été publiés dans le Ottawa Citizen sous la rubrique «Ask the religion experts» . Ils sont traduits par M.l'abbé Jacques Faucher. À compter du mois de juin 2005, Mgr Patrick Powers, Vicaire général, assumera cette responsabilité.



Est-ce que la science moderne rend la religion inutile?

Il arrive facilement que la science se donne l’illusion que la religion n’est pas nécessaire. Voilà un thème dominant dans une grande partie de notre société occidentale. Pour la race humaine, une telle perspective s’avère pleine de périls. Quand il n’existe pas d’appel supérieur nous invitant à nous mesurer à un idéal élevé, nous nous retrouvons confrontés à une seule valeur vérifiable : la richesse. « Me voici puissant et capable d’accomplir ce que je souhaite à l’aide de l’influence que me donne ma préséance économique face aux autres ». Le pouvoir de l’économie remplace la puissance de Dieu. Nous voici dotés d’une vision amputée; notre vie en est privée de sens.

Même le grand Albert Einstein a abordé cette question d’une façon originale : « La science sans la religion est boiteuse; la religion sans la science est aveugle ». Sur ce point, Einstein fait figure de «sage vieillard », tel un « prophète » dénonçant nos illusions et capable, grâce à cette précieuse intuition, de nous inviter à retrouver notre vision perdue.

La religion sans la science est aveugle. La religion n’arrive pas à communiquer sa raison d’être quand elle est dépourvue de ce que la science voit, notamment le Mystère qui demeure au cœur de la vie humaine. Prenons le temps de vérifier si l’affirmation de cet éminent savant est authentique – pour ma part, je la considère comme une évidence qui va de soi. En conséquence, la société se retrouve en grave déficit si elle ne prend pas au sérieux les implications de cette intuition. Pour tout dire, la religion se retrouve nécessaire parce que la nature de l’homme s’avère « religieuse ». Nier ce fait revient à nier un aspect constitutif de la qualité d’une personne humaine. Ce serait en quelque sorte déchirer le tissu de ce qui constitue notre humanité au point de la rendre abîmée et méconnaissable. Celle-ci serait-elle encore capable de se poser la question tragique : « qu’est-ce qui a tout déréglé? »