EXPERT RELIGIEUX

Depuis cinq ans déjà, notre archevêque, Mgr Marcel Gervais, s'exprime sur une variété de questions liées à la foi. Ces textes ont d'abord été publiés dans le Ottawa Citizen sous la rubrique «Ask the religion experts» . La traduction est faite par M. Gilles Ouellette d.p. À compter du mois de juin 2005, Mgr Patrick Powers, Vicaire général, assumera cette responsabilité.



Le gouvernement de l’Ontario a récemment interdit toute forme d’arbitrage religieux, incluant la loi de la Shariah, dans les cas de droit familial. Quels sont les avantages et les désavantages d’une telle décision? Ne pourrions-nous pas utiliser l’argument que la loi canadienne trouve sa source dans des préceptes chrétiens?

Quoique la loi canadienne soit nettement enracinée dans des principes judéo-chrétiens, il y a, au pays, une séparation entre l’Église et l’État. Étant donné cette séparation, notre Église a son propre système légal interne. Chaque diocèse a son tribunal ecclésiastique pour qui la responsabilité première est d’examiner les cas de mariages et de rendre des jugements au sujet de ceux-ci. Ces tribunaux sont entièrement indépendants des tribunaux du monde séculier qui eux, examinent les cas où il y a rupture dans le mariage et rendent des décisions qui lient les divers partis. Les tribunaux ecclésiastiques trouvent leur fondement dans un engagement basé sur la foi et, au Canada, leurs décisions n’ont pas de portée sur le plan civil.

Toutefois, l’Église enseigne qu’il est de la responsabilité de l’état d’appuyer et de défendre la famille, à l’aide de mesures sociales appropriées, particulièrement lorsque celle-ci est incapable de remplir ses propres responsabilités. Les autorités civiles, tout en prenant sur elles ce devoir fort important qu’est celui de protéger et de soutenir cette unité de base de la société, doivent faire attention de ne pas s’abroger les prérogatives qui reviennent à la famille ni interférer dans son vécu. Nous comptons sur la société pour nous fournir toute l’aide dont nous avons besoin afin d’assurer le meilleur fonctionnement possible. Par ailleurs, je crois qu’il est encore plus avantageux de laisser à chaque groupe religieux le droit de fournir des services d’arbitrage aux familles dans le besoin. Je ne crois pas que la société ait les moyens de fournir de tels services para-légaux à chacun des groupes religieux. Nous avons ici une excellente occasion pour chacun de nous de revoir l’appui et le support que nous offrons et de nous assurer qu’ils sont disponibles et conformes à nos traditions religieuses et à notre héritage propre.

Il est de notre devoir d”aider les familles à surmonter les obstacles. Ce sont les valeurs qu’elles développent au sein de leurs groupes religieux, qui les soutiennent, beau temps mauvais temps, et qui leur permettent de rendre notre société encore plus forte et vibrante.