EXPERT RELIGIEUX

Notre archevêque, Mgr Marcel Gervais, s'exprime sur une variété de questions liées à la foi. Ces textes ont d'abord été publiés dans le Ottawa Citizen («Ask the religion experts» - une question pour les experts religieux). Ils ont été traduits par M.l'abbé Jacques Faucher.



Le président Jacques Chirac s’appuie sur la « laïcité de l’État français » pour proposer une législation interdisant aux élèves de l’enseignement public de porter le voile musulman, des croix de grand format, des kippas juives pour hommes, ainsi que tout « signe religieux ostentatoire » à l’intérieur des établissements scolaires.

Est-il opportun que le législateur intervienne pour aider croyants et non-croyants à cohabiter en paix dans un État pluraliste comme le Canada?

Dans toute société démocratique, on prend appui sur le fondement d’une série de principes habituellement inscrits dans la constitution du pays. Il est exact d’affirmer que la France est un État laïc; mais le même article 2 de la constitution française énonçant ce principe affirme également que tous les citoyens doivent recevoir un traitement égal devant la loi et que la France respecte toutes les croyances religieuses. Au Canada, la Charte des droits et libertés mentionne que la liberté de conscience et de religion constitue une de nos libertés fondamentales (article 2). À l’article 15, paragraphe 1, on précise encore que toute personne demeure égale devant la loi, protégée de toute discrimination basée sur la religion.

Toute société démocratique doit veiller à la sécurité et au bien-être de ses citoyens. Ce faisant, elle doit s’assurer que ses lois ne contribuent pas à susciter des sentiments racistes, ni à promouvoir la haine, ni à provoquer des divisions inutiles. J’estime en conséquence que le droit de porter divers symboles religieux constitue un droit garanti par notre Charte canadienne. J’estime aussi qu’on ne devrait pas légiférer pour empêcher une personne de porter un symbole religieux. La seule restriction valable à mes yeux pourrait s’inspirer du souci de la sécurité publique.

À mesure que notre société, au cours des siècles, a évolué vers un plus grand pluralisme, nous avons été incités à développer une plus grande tolérance, une plus grande acceptation les uns des autres. Dans la foi chrétienne, rien n’est plus fondamental qu’un amour authentique et un véritable respect pour nos frères et sœurs de toute culture, race ou religion. Au Canada, nous avons hérité d’une tradition bien établie de tolérance. Je souhaite que cette tradition ne soit jamais ébranlée par des lois telles que celle qu’on propose en France en ce moment.