EXPERT RELIGIEUX

Depuis cinq ans déjà, notre archevêque, Mgr Marcel Gervais, s'exprime sur une variété de questions liées à la foi. Ces textes ont d'abord été publiés dans le Ottawa Citizen sous la rubrique «Ask the religion experts» . Ils sont traduits par M.l'abbé Jacques Faucher. À compter du mois de juin 2005, Mgr Patrick Powers, Vicaire général, assumera cette responsabilité.



Qu’est-ce que votre religion affirme touchant la tension entre la réponse émotive du Cœur et la Raison prudente? Offre-t-elle des indications sur la manière d’en arriver à une décision?

L’Église a favorisé le développement de livres entiers touchant la tension nécessaire entre nos sentiments et la raison. Par nature, nos sentiments sont toujours neutres, ni bons ni mauvais – ils ne sont que des sentiments. Ils peuvent devenir bons ou mauvais selon la manière dont ils sont gérés.

On peut comparer les sentiments à des chevaux, pleins de force mais dépourvus du sens de l’orientation. Les chevaux ont besoin d’un cavalier et d’une bride pour les diriger. Quand les chevaux sont dirigés par un bon cavalier, ils peuvent accomplir des choses merveilleuses – ce qui leur plaît par ailleurs. Ils peuvent développer une somme d’énergie insoupçonnée et gagner ainsi des courses. On n’a qu’à penser à « Seabiscuit »! Les chevaux peuvent aussi apprendre à accomplir des mouvements compliqués. Il suffit s’évoquer ici la Gendarmerie Royale du Canada et son fameux « Carrousel »!

Apprendre à contrôler ses émotions commence à un très jeune âge. Rappelons que les enfants, en très bas âge, s’emploient à un exercice de vérification. Ils vérifient auprès de leurs parents ou de leurs aînés ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. On assiste dès lors à toutes sortes de colères, de gestes de révolte; ces manifestations font partie de l’apprentissage de manière absolument indispensable. L’objectif ne consiste pas à punir ou récompenser les enfants. L’objectif consiste à les éduquer à une expérience qui les mènera à une plénitude de vie. Il faut laisser les enfants essayer différentes choses, expérimenter. Tout ceci demeure normal.

C’est la raison qui vient discipliner les émotions; elle ne peut les supprimer. Il arrive que des sentiments comme la peur peuvent sauver des vies. Mais il arrive aussi qu’on laisse la peur dominer sa vie. « Le paresseux dit : « Il y a un lion dehors, en pleine rue » (Proverbes 2 :13). La bravoure consiste à dominer la peur, non pas à l’éliminer. On nomme tous ces sentiments des « appétits »; ils ressemblent à un appétit pour la nourriture. Il s’agit pour nous de les contrôler, de les embrigader à notre service, non pas contre nous ou les autres.