EXPERT RELIGIEUX

Notre archevêque, Mgr Marcel Gervais, s'exprime sur une variété de questions liées à la foi. Ces textes ont d'abord été publiés dans le Ottawa Citizen («Ask the religion experts» - une question pour les experts religieux). Ils ont été traduits par M.l'abbé Jacques Faucher.



Trop souvent, suite à une tragédie, je lis une citation attribuée à une personne qui a dit : « Dieu l’a rappelé (e) à la maison »; ou bien « Dieu avait besoin de cette personne au ciel ». Pourquoi ne pas blâmer plutôt le malin pour cette tragédie?

Aucun croyant ne veut reconnaître l’influence du démon dans les événements humains, pas même à l’occasion d’une tragédie. Nous ne pourrions pas nous rallier à dire : « Le démon l’a rappelé (e) à la maison »; ou « Le démon avait besoin de cette personne en enfer ». Nous trouvons déjà assez difficile d’affirmer que Dieu a posé ces gestes… N’allons pas invoquer ici la victoire du démon. Reconnaissons au départ que nous touchons ici aux voies totalement mystérieuses de Dieu. Si nous affirmons : « Il a pris cette personne », c’est une manière de parler familièrement visant à rappeler que, à notre insu, quelque chose de bien, présent ou futur, a été voulu en permettant cette mort. Si nous affirmons au contraire que le démon en est responsable, nous laissons entendre qu’il n’existe absolument aucune possibilité qu’un peu de bien trouve place à l’occasion de cet accident ou de cette tragédie.

Votre question en soulève une autre, beaucoup plus vaste, touchant le rôle – si c’est le cas – que joue le démon dans le fonctionnement de l’univers.. Dans le monde inanimé de la nature, on fait face à des événements, comme des tremblements de terre, causés par les lois de la nature. Inutile ici d’identifier un agent causal direct, pas même Dieu, et certainement pas le démon.

La foi constitue une sorte de lentille à travers laquelle nous choisissons d’observer les événements de toutes sortes, à la fois naturels ou causés par l’homme. Quoi de plus naturel que de voir, à travers cette lentille, « la main de Dieu » qui rejoint le tragique de la vie et peut lui donner un sens; de telle sorte que la vie humaine, brisée et fragilisée, peut néanmoins être vécue d’une manière signifiante.

Pour le chrétien, la « tragédie » la plus grave consista dans la crucifixion et la mort de Jésus. On a pu y voir la victoire du malin. Mais au plus profond de ce déchirement, le Père de Jésus lui fit traverser la tragédie horrible de sa mort pour l’introduire à une nouvelle vie avec lui.