EXPERT RELIGIEUX

Notre archevêque, Mgr Marcel Gervais, s'exprime sur une variété de questions liées à la foi. Ces textes ont d'abord été publiés dans le Ottawa Citizen («Ask the religion experts» - une question pour les experts religieux). Ils ont été traduits par M.l'abbé Jacques Faucher.



Que vous enseigne votre foi à propos de la vengeance et du pardon?

On trouve dans la Bible des exemples de vengeance qui nous scandalisent encore aujourd’hui : mentionnons le traitement infligé aux Amalécites (1 Samuel, 15). D’autre part, on trouve dans la Bible, étape par étape, une distanciation par rapport à la vengeance. Isaïe entrevoit à l’horizon un serviteur souffrant du Seigneur qui subit la persécution, qui ne recherche pas la vengeance, qui est récompensé par Dieu pour son obéissance à la volonté divine (Isaïe, 52-53). Jésus, notre Seigneur, incarne tout à fait cet idéal. Il a accepté de subir une souffrance atroce plutôt que de chercher à se venger. Du haut de la croix, il a prononcé ces paroles : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». La plus haute forme de pardon consiste à trouver des excuses à ses adversaires.

Il est facile de pardonner si nous aimons la personne visée dans ce geste de compassion. Au contraire, quand on est confronté à la haine, il est difficile de vraiment pardonner du fond du cœur aux personnes qui nous ont offensés. Au plan humain, ceci demeure presque impossible. C’est sur ce point précis que l’Esprit entre en jeu. Avec le soutien de l’Esprit, comme l’enseigne notre foi, il nous est possible de pardonner, du fond du cœur, même à ceux qui nous ont offensés.

Laissés à nos propres forces, nous estimons que nous ne pouvons que nous enfoncer dans la haine – ce qui contribue à entretenir le cycle de la vengeance. Ceci demeure vrai surtout dans le cas de conflits entre les tribus, les groupes ethniques et les nations. Un génocide devient une expression de la conclusion logique qui s’impose quand on cède à la haine.

Dans des situations de conflit, promouvoir la paix et le développement devient possible uniquement dans un contexte de pardon. Citons le pape Jean Paul II : « La capacité de pardonner demeure à la base d’une société future empreinte de justice et de solidarité… La paix demeure essentielle au développement, mais la paix authentique demeure possible seulement grâce au pardon » (janvier 2002).