EXPERT RELIGIEUX

Notre archevêque, Mgr Marcel Gervais, s'exprime sur une variété de questions liées à la foi. Ces textes ont d'abord été publiés dans le Ottawa Citizen («Ask the religion experts» - une question pour les experts religieux). Ils ont été traduits par M.l'abbé Jacques Faucher.



Toutes les religions ont la prétention d’annoncer la vérité, mais leurs messages comportent de grandes différences face à la réalité. Existe-t-il vraiment une vérité ultime?

La vérité ultime, de quoi veut-on parler? S’agit-il du dernier mot? Restera-t-il quelque chose d’autre à attendre? Je réponds affirmativement à ces deux questions.

En tant que croyant chrétien, je soutiens que la vérité touchant notre rapport à Dieu a été révélée d’étape en étape, au cours de l’histoire, pour arriver à son point culminant en Jésus. Ce Jésus demeure la mesure de tout ce qui s’est passé avant lui, de tout ce qui est aussi advenu après lui. Le message contenu dans les quatre Évangiles constitue vraiment le dernier mot. N’attendons pas de révélation ultérieure de la part de Dieu. Au sens propre, Jésus lui-même constitue le dernier mot; il demeure la vérité ultime.

D’autre part, ce Jésus a été pleinement humain. Sans tricher, sans artifice, il a vécu de la même manière que tous les humains et il a fait l’expérience de la mort, comme tous les humains. Ne voyons pas en lui une sorte de personnage super-humain; il a partagé toutes les limites que nous connaissons. J’évoque ici sa propre expérience concrète : vivre, sentir, penser, à l’image de la nôtre. Tout ce qui est humain fait donc partie de la révélation de la vérité ultime. Jésus est mort; mais cette mort ne constitue pas une victoire. Jésus est ressuscité d’entre les morts – sans reprendre le mode d’existence qu’il avait partagé, vraiment introduit dans une vie glorieuse. Sa divinité fut révélée. Celui qui a été un homme véritable le demeure; il continue de faire un avec Dieu. Nous le nommons Dieu fait chair.

Affirmer ce grand mystère, c’est une chose; le comprendre tout à fait, c’en est une autre. Nous vivons un processus temporel qui nous permet d’assimiler peu à peu cette révélation. Il nous reste des profondeurs infinies à explorer. Au cœur de l’expérience humaine, il reste encore à découvrir des aspects neufs qui servent à éclairer encore mieux notre vérité ultime. Toute part de vérité, toute forme de beauté, toute manifestation de bonté prennent place à l’intérieur de ce grand mystère. De telle sorte que toute l’humilité, la simplicité, la véracité et la générosité du Taoïsme résident ici. L’enseignement du Confucianisme, la bonté naturelle de tous les êtres humains, de même que les vertus d’amour, de justice, de révérence, de sagesse, de sincérité, sans oublier le respect accordé aux parents et aux ancêtres, tout cela trouve place en lui. On peut affirmer la même chose à propos du Bouddha et de sa doctrine. Cette même approche englobe toutes les religions de la terre. Rien de ce qui comporte de la vérité, de la bonté, de la beauté n’est rejeté. Toutes ces richesses se retrouvent dans sa plénitude; toutes reçoivent leur pleine noblesse dans le Christ. En un mot, nous croyons que Dieu demeure avec nous tous.